
Depuis 1980, l'Athénée est placé sous les auspices
de Jules BARA: il importe de s'interroger sur la personnalité et
l'oeuvre de Jules BARA, sur ses rapports entre l'Athénée
et sur les raisons qui ont conduit à choisir son patronage. Cette
figure de proue du libéralisme belge est née à Tournai,
le 23 août 1835; son père est médecin mais la famille
est nombreuse et ne vit pas dans l'opulence. Après des études
secondaires à l'Athénée, il s'inscrit à l'U.L.B.
où il obtient en 1857 le diplôme de docteur en droit et en
1859 le titre de docteur agrégé après avoir défendu
une thèse sur "les rapports de l'Etat et des religions au point
de vue constitutionnel". L'année suivante, il est professeur à
l'U.L.B. et occupe une place notable au Barreau de Bruxelles. Les libéraux
tournaisiens le remarquent et font de lui leur candidat aux élections
législatives de 1862. A 27 ans, Jules BARA est député
et le restera jusqu'en 1894, date à laquelle il deviendra sénateur.
Il fut, deux fois, Ministre de la Justice (de 1865 à 1870 et de
1878 à 1884) et Léopold II l'honora du titre de Ministre
d'Etat en 1884. Jusqu'à sa mort, en 1900, il fut un "ténor"
du Barreau de Bruxelles.
Ses combats furent sous-tendus par une idée-force : assurer
l'indépendance de l'Etat et du pouvoir civil vis-à-vis des
Eglises et plus particulièrement de l'Eglise catholique. L'Ecole
fut, dans ce combat, un des enjeux majeurs. Avec ses amis, les libéraux
doctrinaires, Jules BARA défendit l'école laïque. Mais
il batailla aussi pour assurer aux non-croyants une sépulture digne
et chercha à réduire la position matérielle de l'Eglise.
On imagine aisément que les catholiques ne lui pardonnaient pas
ses initiatives : la presse de l'époque reflète la virulence
des luttes politiques qui secouaient le pays.
L'attitude de BARA vis-à-vis de la question sociale peut sembler
contradictoire : d'une part il combattit avec constance pour abolir l'article
1871 du code civil qu'il jugeait humiliant pour les ouvriers; d'autre part,
il s'opposa au suffrage universel. L'instauration de celui-ci, en 1894,
même si elle fut assortie du vote plural, lui fit perdre son siège
de député.
L'Athénée où il fit ses études secondaires
envoya une délégation à ses obsèques en 1900
: Monsieur Le Baron de Jamblines y prit la parole au nom de l'Union des
Anciens Elèves de l'Athénée.
En 1980, le Ministre de l'Education, L.MICHEL, demanda aux écoles
de choisir le nom d'une personnalité éminente qui personnifierait
chacune d'elles. A l'époque, le professeur L.POLOME faisait fonction
de Préfet; il ne voulut pas prendre une décision si importante
et consulta ses collègues, Messieurs DE SCHEPPER et ANTOINE; il
proposa 2 anciens élèves célèbres: le peintre
Louis GALLAIT et l'homme politique Jules BARA. C'est ce dernier qui fut
préféré et la proposition fut acceptée par
le Ministre.
Le nom d'un anticlérical farouche accordé à
un ancien noviciat des Jésuites ne manque pas de piquant...